Comment fonctionne le raisonnement de la médecine traditionnelle chinoise ?
Comment raisonne la médecine traditionnelle chinoise ? Découvrez la différenciation des syndromes, les quatre examens et les principales grilles de lecture utilisées en MTC.
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Quand on découvre la médecine traditionnelle chinoise (MTC), une question revient souvent : comment le praticien passe-t-il des symptômes décrits par une personne à une stratégie de traitement ?
La réponse se trouve en grande partie dans une notion centrale de la médecine chinoise : la différenciation des syndromes, 辨证 (biàn zhèng). Plutôt que d’interpréter un symptôme isolément, le praticien cherche à comprendre comment différents signes s’organisent entre eux et quel tableau d’ensemble ils constituent.
Du symptôme au tableau clinique
Une fatigue, une douleur, un sommeil perturbé ou un trouble digestif ne sont pas interprétés isolément.
Le praticien s’intéresse également à leur contexte : depuis quand le problème est présent, ce qui l’améliore ou l’aggrave, les sensations de chaud ou de froid, l’appétit, la digestion, le sommeil, la transpiration, l’état émotionnel ou encore l’évolution de l’énergie au cours de la journée.
L’objectif est de rechercher des relations entre ces différents éléments.
Deux personnes consultant pour un symptôme apparemment similaire peuvent ainsi présenter, selon les concepts de la MTC, deux tableaux différents. À l’inverse, des symptômes différents peuvent parfois s’inscrire dans un même mécanisme traditionnel.
Cette idée est résumée par une formule classique :
同病异治,异病同治 tóng bìng yì zhì, yì bìng tóng zhì
« Une même maladie peut être traitée différemment ; des maladies différentes peuvent être traitées de manière similaire. »
Cette formule ne signifie pas que le diagnostic médical moderne serait secondaire. Elle illustre simplement une caractéristique du raisonnement propre à la médecine traditionnelle chinoise : la stratégie thérapeutique dépend du tableau identifié et pas uniquement du nom donné au symptôme ou à la maladie.
辨证 (biàn zhèng) : différencier les syndromes
辨证 (biàn zhèng), généralement traduit par « différenciation des syndromes », consiste à organiser les informations recueillies afin d’identifier les mécanismes qui, selon la théorie traditionnelle chinoise, permettent d’expliquer le tableau présenté par la personne.
Il n’existe pas une seule grille de lecture.
L’une des plus fondamentales est celle des 八纲 (bā gāng), les « huit principes » :
- 表 / 里 (biǎo / lǐ) : extérieur / intérieur ;
- 寒 / 热 (hán / rè) : froid / chaleur ;
- 虚 / 实 (xū / shí) : vide / plénitude ;
- 阴 / 阳 (yīn / yáng) : Yin / Yang.
Selon le contexte, le raisonnement peut également s’appuyer sur les Zang-Fu (脏腑, zàng fǔ), le Qi et le Sang (气血, qì xuè), les liquides organiques (津液, jīn yè), ou d’autres systèmes de différenciation issus de la médecine chinoise.
Ces modèles ne sont pas utilisés comme des cases indépendantes : ils se croisent et permettent progressivement d’affiner l’interprétation du tableau.
四诊 (sì zhěn) : les quatre examens
Pour recueillir les informations nécessaires à cette différenciation, la médecine chinoise décrit traditionnellement quatre grandes méthodes d’examen, 四诊 (sì zhěn).
望诊 (wàng zhěn) — observer
Le praticien observe notamment l’apparence générale, le teint, l’attitude et la langue.
L’examen de la langue porte entre autres sur sa couleur, sa forme, son humidité et son enduit. Il constitue un élément du bilan, mais n’est jamais interprété indépendamment du reste.
闻诊 (wén zhěn) — écouter et sentir
La voix, la respiration, la toux éventuelle et certains sons ou odeurs font traditionnellement partie des informations pouvant être prises en compte.
问诊 (wèn zhěn) — interroger
L’interrogatoire occupe une place essentielle. Il permet d’explorer le motif de consultation mais également le sommeil, la digestion, l’appétit, les selles, les urines, la transpiration, les sensations thermiques, l’énergie, les émotions et de nombreux autres éléments selon la situation.
切诊 (qiè zhěn) — palper
Cette catégorie comprend notamment la palpation et la prise des pouls radiaux.
L’examen traditionnel du pouls ne consiste pas uniquement à compter sa fréquence. Le praticien apprécie différentes caractéristiques décrites par la médecine chinoise, en relation avec l’ensemble des autres informations recueillies.
De la différenciation à la stratégie thérapeutique
Le bilan n’est pas une fin en soi.
Une fois le tableau différencié, le praticien définit ce que la médecine chinoise appelle les principes de traitement, 治则 (zhì zé) et 治法 (zhì fǎ).
Ces principes orientent ensuite le choix des moyens thérapeutiques : sélection des points en acupuncture, réflexion autour d’une formule de pharmacopée chinoise, conseils de diététique chinoise ou exercices de Qi Gong lorsque cela est pertinent.
Le traitement découle donc du raisonnement qui le précède.
C’est également pourquoi une stratégie peut évoluer au fil des consultations : lorsque les signes changent, le tableau peut lui aussi évoluer et nécessiter une nouvelle différenciation.
Une grille de lecture qui demande formation et expérience
La langue, le pouls ou un symptôme isolé ne permettent pas, à eux seuls, de « faire un diagnostic chinois ».
La différenciation repose sur la confrontation de nombreuses informations et sur leur interprétation dans le cadre théorique de la médecine traditionnelle chinoise.
C’est ce qui rend cette médecine à la fois structurée et complexe : derrière des termes aujourd’hui assez connus comme Qi, Yin, Yang ou méridiens existe un ensemble beaucoup plus vaste de modèles diagnostiques et thérapeutiques.
Ces notions appartiennent au cadre théorique traditionnel de la MTC. Elles ne remplacent pas un diagnostic médical et cet article n’a pas vocation à permettre l’autodiagnostic.
Pour aller plus loin, les prochains articles pourront approfondir séparément les 八纲 (bā gāng), les Zang-Fu, le diagnostic de la langue, les pouls et les différents systèmes de différenciation.
Pour aller plus loin
À propos de l'auteur
Thomas Morillon
Praticien en médecine traditionnelle chinoise à Genève
Formé pendant cinq années à l'Université de médecine traditionnelle chinoise de Shanghai, Thomas Morillon pratique l'acupuncture, la pharmacopée chinoise, la diététique chinoise et le Qi Gong à Genève.
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